Edito de Pierre-Kaloyann Atanassov

Pierre-Kaloyann Atanassov ©Andrej Grilc

Saison 2023.24

Passeport pour l’Est

Un vent d’Est soufflera sur cette cinquième Schubertiade, puisque l’âme slave y sera représentée par quelques-uns de ses plus emblématiques artistes.

L’émotion pure affleure sous chaque note du trio Dumky d’Antonin Dvořák (ne l’appelez pas Anton Dvorak comme le faisait – à son grand dam – l’éditeur berlinois Simrock, il se retournerait dans sa tombe). Dumky, terme ukrainien qui décrit à la fois un état d’âme et une forme de ballade, s’emploie à propos d’une humeur nostalgique, entrecoupée d’accès de joie enfiévrée. Cette forme épousant à merveille la sensibilité slave, pas étonnant que le Tchèque (qui se revendiquait compositeur slave) y ait recouru plusieurs fois dans son œuvre. (Concert du 14.10.23)

Pas besoin de présenter le Russe Serge (pardon : Sergueï Vassilievitch) Rachmaninov, dernier grand compositeur-pianiste romantique. Ses Etudes-Tableaux sont parmi les pièces les plus virtuoses et expressives du répertoire et vibreront sous les doigts d’Olga Kirpicheva, qui les a enregistrés dans son dernier disque. Autres Tableaux, autre compositeur, mais même nationalité : en Modeste Moussorgski, Debussy voyait « un génie unique. […] Jamais une sensibilité plus raffinée ne s’est traduite par des moyens aussi simples ; cela ressemble à un art de curieux sauvage qui découvrirait la musique à chaque pas tracé par son émotion ». (Concert du 18.11.23)

Si Moïssei Samuilovitch Vainberg vous semble être russe, sachez qu’il est né à Varsovie en 1919 sous le nom de Mieczyslaw Weinberg (ne m’en demandez pas la prononciation). Ce Polonais naturalisé soviétique pendant la seconde guerre mondiale puisa largement dans la musique juive des pays de l’Est, développant un idiome qui n’a rien à envier à celui de son grand ami Dmitri Chostakovitch. La clarinette de Ronald Vanspaendonck, invité pour la deuxième fois à la Schubertiade, lui rendra hommage. (Concert du 9.12.23)

Malgré son nom à consonance allemande, Reinhold Glier était quant à lui bien russe ( pour ne rien simplifier) changea ensuite l’orthographe de son nom en Glière). Parmi son abondante production musicale, figure un magnifique duo pour violoncelles, au programme de la soirée Cellostory entièrement dévolue à cet instrument. (Concert du 20.01.24)

Et puisque la musique est le plus court chemin d’une âme à une autre, on sautera de l’âme slave à D’âme Nature, le spectacle conçu par la soprano Laure Baert. Si vous oreilles se mettent à bourdonner, imputez-en la faute à Nikolaï Rimski-Korsakov (ici l’indice manque de subtilité, vous avez dû deviner quel air célèbre sera joué !). (Concert du 02.03.24).

Enfin, figure centrale du romantisme russe du XIXème siècle, Piotr Ilitch Tchaïkovski résonnera sous les archets du jeune et brillant quatuor Wassily – un quatuor qui, bien que s’appelant du prénom du célèbre peintre russe Kandinsky, est bien un ensemble français. (Concert du 30.03.24)

Préciser que ledit peintre russe fut naturalisé français à la fin de sa vie ne ferait que saturer le lecteur d’informations inutiles. En revanche, puisqu’il est question de passeport, je ne saurai trop vous recommander d’en prendre un pour la Schubertiade en vous abonnant à l’ensemble de la saison !